Le Soliman

Tragi-comédie

A PARIS,
Chez TOUSSAINCT QUINET, au Palais, dans la
petite salle, sous la montee de la Cour des Aydes.
M.DC.XXXVII
AVEC LE PRIVILEGE DU ROY.
Édition critique établie par Marie-Pauline Martin dans le cadre d'un mémoire de master 1 sous la direction de Georges Forestier (2009-2010)

Le xviie siècle constitue l’une des périodes les plus fastes du théâtre français et d’ailleurs, entre 1628 et 1648, le théâtre n’a jamais été autant joué et pensé. Cependant, aujourd’hui beaucoup d’auteurs ont été négligés et la culture théâtrale française se résume souvent aux tragédies de Corneille, Rotroux ou Racine. De plus, nos connaissances théâtrales se rattachent souvent à la tragédie qui s’est imposée dans les années 1635. Pourtant, au même moment la comédie et la tragi-comédie sont en plein essor. Ce dernier genre moderne, souvent considéré comme hybride, a peu de résonance à notre époque malgré son importance et son intérêt pour l’évolution du théâtre.

Charles Vion d’Alibray fait partie de ces auteurs oubliés. En 1637, il décide d’« habiller à la française » une pièce italienne de Prosepero Bonarelli : Il Solimano. Alors que la querelle du Cid bat son plein et que les théoriciens classiques cherchent à imposer leurs règles, notre auteur décide de faire de la tragédie de Bonarelli une tragi-comédie, ou plutôt, selon d’Alibray lui-même, une « tragédie à fin heureuse » en modifiant le dénouement funeste de la pièce. Alors qu’à cette époque la concurrence entre tragédie et tragi-comédie est rude, ce choix peut paraître étonnant voire ambitieux. Toutefois, d’Alibray s’appuie sur les Anciens dans son avis Au Lecteur qui précède la pièce, afin de prouver que son Soliman est avant tout porteur de valeurs morales.

Cette œuvre de d’Alibray, tout comme celle de Bonarelli, comporte deux intrigues. Il s’agit donc d’une pièce complexe.

Alors que les Turcs et les Perses se livrent une guerre sans merci, Soliman confie à son fils aîné, Mustapha, le commandement de l’armée. Rustan, jaloux du choix du sultan met en place un complot. Il utilise les sentiments et les craintes de la Reine vis à vis de ce fils bâtard afin de convaincre Soliman que le prince s’est allié à l’ennemi pour renverser son pouvoir.

En parallèle se met en place une intrigue amoureuse entre le fils du Sultan et Persine, fille du Roi de Perse. La jeune femme avoue à son père nourricier son amour pour Mustapha. Contrarié, Alvante tente de raisonner Persine, mais rien n’y fait. Désespéré, il déchire la lettre destinée au jeune prince et fait croire à la princesse que Mustapha l’a reniée. Osman, conseillé de Rustan, retrouve les papiers et les donne à son maître qui les utilise à ses fins. Le sultan convoque donc Mustapha à la Cour afin d’y voir plus clair. Pendant ce temps, Persine, qui veut se venger de son amant, s’abandonne aux mains des ennemis. Lorsque Mustapha aperçoit la jeune femme conduite au cachot, il demande à son père de faire preuve de clémence envers elle. Soliman, manipulé par Rustan, y voit la marque du complot dont on lui a tant parlé. Malgré ses sentiments paternels, il accomplit son devoir de souverain en condamnant à mort les deux amants.

Mais un retournement de situation inespéré et une reconnaissance insoupçonnée vient bouleverser le sort tragique de Mustapha et de Persine.