La Belle Égyptienne

Tragi-comédie

Sallebray
Paris, Chez A. de Sommaville et A. Courbé
1642
Avec privilège du roi
Édition critique établie par Melanie Slaviero dans le cadre d'un mémoire de master 1 sous la direction de Georges Forestier (2013-2014)

De quoi Sallebray est-il le nom ? Un curieux de bibliothèques et de collections aura pu le croiser à plusieurs reprises sur une étagère marginale ; il en aura peut-être aussi rencontré une ou deux occurrences dans quelques anthologies de vers du XVIIIe ou du XIXe siècle. Les gloses de ses lecteurs en marge de ses textes révèlent une postérité tout à fait inégale : on y trouve aussi bien un enthousiasme indulgent que des critiques démesurément sévères, que ce soit chez le lecteur amateur ou chez l’universitaire. Inégale, sa postérité est également partielle : le nom de Sallebray se dissémine pour s’enrober d’une zone d’ombre. Obscurité biographique, d’abord, car nous ne savons presque rien de cet auteur à la production dramatique pourtant dense dans les années 1630. Tâtonnements littéraires, puisqu’un regard rapide jeté sur son oeuvre littéraire fait coexister des pièces de théâtre aux côtés de traductions de mémoires. Au rang des « oubliés de l’histoire », Sallebray semble avoir été de ceux dont le temps se plaît le plus à effacer la trace sur l’archive : difficile, en effet, de trouver son nom sans faire d’effort.

Ouvert bien souvent par procuration, on l’aura lu quand il s’agit de parler de l’Andromaque de Racine, des précurseurs de l’opéra ou du théâtre à machine, des postérités des Nouvelles Exemplaires de Cervantès ou du grand Alexandre Hardy dont Sallebray tire ses sources, et, comme bien souvent, de ces irréguliers si dissipés et dissidents. Jamais encore un travail n’a tenté de le prendre pour objet à part entière. C'est ce que souhaite accomplir la présente édition critique, en proposant un texte lisible de La Belle Egyptienne, une des pièces les plus importantes de Sallebray. Nombre d’enjeux et de questions se posent avec cette tragi-comédie : on y voit l’alliance du poétique au spectacle à machines, un travail formel pour insérer dans la dramaturgie même de la pièce, et musique, et danses. Celle qui danse, c’est Précieuse : Sallebray ne touche pas moins à celle qui donnera son nom à la préciosité, à une muse Egyptienne qui permet d’accueillir tout un monde exotique sur scène. En cherchant à unifier les différents signes laissés par le nom de Sallebray, cette édition tente également de couvrir les débuts d’une recherche biographique. Ainsi pourra-t-on commencer à s’entretenir du « destin qu’éprouva La Belle Egyptienne ».